Merlin Lenchanté

Merlin habite la ville , vit à Marseille, voyage, réside ailleurs.
Quelque temps. Paris. New York.
Merlin est un nomade citadin, attentif aux métamorphoses de la ville.
Il travaille en milieu urbain et en tant qu’artiste, s’interroge sur la manière d’y montrer une oeuvre de peinture aujourd’hui : comment trouver sa place dans son environnement.
Il y a l’idée, l’envie, de s’inscrire dans une nouvelle civilisation, de montrer du doigt les changements, les bouleversements de la société, à travers, aussi, l’évolution de l’urbanisme.

Alors pourquoi ne pas imaginer une
Exposition dans un Bâtiment en construction ?
Investir un lieu destiné à être habité. Animer, au sens propre du terme, un futur espace de vie, immeuble d’habitation ou de bureaux, fenêtre ouverte sur la ville.

La rencontre entre deux univers

apparemment éloignés – le bâtiment d’un côté, puis l’art de l’autre- n’est pas si incongrue :
elle replace le peintre au coeur de son espace, dans son décor naturel ; elle rapproche l’artiste peintre et le maître d’ouvrage, tous deux conducteurs de travaux, auteurs d’une oeuvre et « gardiens » de son achèvement.

Enfin, au-delà des discours sur le rôle de l’art, son sens, sa portée on peut évoquer l’art contemporain en tant qu’investissement réel et concret, au même titre que l’architecture. L’un et l’autre n’ont pas de raison de se tourner le dos.
Didier Carol Porcher croit à ce mécénat d’entreprise au service de la peinture, la photographie, la sculpture, le design, lequel se développe ailleurs depuis longtemps, en France ces dernières années.

Voici donc les réflexions qui conduisent l’artiste à proposer l’exposition de ses peintures sur un site en construction, en expansion.

La circonvolution ou la mécanique de l’artiste

Qu’il s’agisse de ses peintures en transparence, à taille humaine, « vitraux-vitrines » qui jalonnent une balade dans Marseille, de ses anagrammes à main levée, empreintes de visages à partir des lettres d’un prénom comme des desseins de l’âme, ou encore des « Guerriers de la paix » vus en rêve jusqu’aux très récents tableaux où la matière s’impose, les travaux de Merlin laissent entrevoir au fil rouge, une cohérence, de fil en aiguille… de pigment en pinceau.

La multiplicité des supports, les expérimentations libres de Didier Carol sont en effet liées par une méthode de création qui lui est chère.

Démarche artistique

Il n’est pas question ici d’établir une chronologie fixe du travail pictural de Merlin sur les trois dernières années, dans la mesure où certaines séries lui sont « apparues », telles des visions de dormeur, quinze ans en arrière.
C’est le cas, par exemple, de ces « Guerriers de la paix » qui amorcent les
Thèmes et le cheminement artistique
de Merlin.
Ces personnages quasi-mythologiques prennent forme sur la toile, après avoir visité l’artiste en sommeil :
« Le Messager des terres parallèles »,
« Celui qui reçut la lumière » ou encore « Le Coureur » existent aujourd’hui sous forme de portraits, presque classiques, réalisés après que Didier Carol se soit décomplexé de n’avoir pas « fait » les Beaux-Arts.
2006 représente d’ailleurs l’année du passage à la peinture à l’huile : « J’ai longtemps su que j’y viendrai, mes peurs et pudeurs me retenaient. J’ai commencé par peindre ceux qui m’étaient familiers, ces personnages oniriques. »

Vues intérieures

Attardons-nous sur les « Vues intérieures » : radiographies de l’appartement-atelier, regards à angles variés, peintures de l’espace où d’autres tableaux sont en cours, tentatives de distanciation à la manière d’un Georges Perec qui aurait choisi les pinceaux à la place des mots, même si certains apparaissent,l’artiste. La circonvolution, toujours.
Sur certaines toiles, on aperçoit un témoin, presque invisible, de ces scènes : l’éléphant, la mémoire :« Il n’existe pas d’inconnu, que des choses oubliées ».

« … J’ai démarré une nouvelle toile, cette fois sans aucune lettre, aucune ligne, juste un choix de couleurs, violet, outremer, turquoise, rouge, un personnage qui tient tout entier, mais à peine, dans la surface de la toile. Il se masse le pied, tête penchée, dans une posture complexe, prêt à sortir du cadre… »
Cette envie génère sans doute la série des « Personnages enfermés dans des boîtes ». Ces travaux témoignent aussi d’un début de liberté prise avec les couleurs : pas forcément celles que l’on associe en général, quand on respecte les règles. Merlin commence à s’amuser, à jouer, autour de cet homme prisonnier du cadre ; sans doute parce que certaines limites sont nécessaires pour pouvoir en sortir.

Fin 2008, Merlin se laisse séduire par la matière, frustré, dit-il, de « peindre pauvre ». Démarrage en blanc, travail sur l’épaisseur, le vertige, le contraste, l’ombre, le jour/la nuit… Et voici la série sur New York : une toile de commande au départ, interprétation libre, d’après des photographies, des réminiscences de voyages, décors réels et fantasmés qui trouvent écho en chacune de nos envies de ville.

Un abcdaire libre et subjectif

Pour mieux cerner le personnage à peine caché derrière l’alias de Merlin et savoir ce qui anime Didier Carol, lui tient à coeur, une idée, et là aussi, le principe de circonvolution fonctionne, spontanément.
La preuve, par
Un abcdaire libre et subjectif :

Bâtiment // Pouillon, Fernand. Marseille, quai du port.
Contrôle sanitaire aux frontières. Squat d’artistes dans lequel je me suis engagé durant neuf mois. Un lieu chargé d’histoire qui me semble hanté tant par l’angoisse que l’espoir d’une situation chant antique.

Commerce (petit) // je fais mes courses au quotidien. Peu mais bon : marchands de tissus, cavernes d’Ali Baba. Le tour du monde en un coup d’oeil.

Corps // body painting. Boîte de nuit. N.Y. Une top model black lève la jambe sur le comptoir pour que je lui « redessine » l’entre-jambes.

Monument // avenir. A venir ? Un phare cosmique, première lumière extra-terrienne.

Plage // Punta Galera, Ibiza. Il y a une source argileuse : on s’en badigeonne entièrement et se fait sécher au soleil. C’est sans doute un peu cliché mais intemporel… avec un côté Cro-Magnon !

 Rue // dans mon imaginaire, un endroit offert aux artistes, la chaussée, les trottoirs, les façades, totalement investis. Une approche différente de l’environnement urbain.

Rue, bis // à une certaine époque, la rue, c’était la rencontre, l’opportunité d’entrer en contact, de se « reconnaître », s’identifier, par une allure, des vêtements. J’ai toujours cherché à croiser les regards, les accrocher.

Souvenir // classe de 5ème au collège. Cours de latin. Sénèque, contemporain de la chute de l’empire romain. Je me voyais plus

Traquandi (Gérard) // je l’ai connu adolescent. Ma mère donnait des cours de bridge à la sienne. Il disait aimer mon look décalé, les costumes sur mesure de nos aïeuls. Quand il a démarré sa série sur les gens de la rue, j’ai tout de suite accepté de poser : costume marine et tongs, 36 séances de 3 à 8 heures chacune, la toile offerte en remerciements. Il disait considérer cette peinture comme maîtresse. Maintenant que je peins, je sais qu’un tableau auquel tu consacres du temps, de l’attention, de toi, est une oeuvre maîtresse.

La performance

Sortie de l’écran

Fait écho à des petits clips numériques
que je m’amuse à faire à la maison,
je me mets en scène, je me déguise,
j’actionne les diverses caméras
et dans un décor qui m’est propre,
j’ai pour objectif de susciter une réaction.
La première je l’espère commence par le sourire,
un moment pour interrogation ?
puis, si possible, un temps de réflexion.
Ces petits clips de 3’33,
servent de fil rouge visuel et me permettent
d’amener les convives dans mon embarcation,
le temps d’un instant.

Didier-Carol Porcher dit Merlin

Testimonio

Paquebot cosmique

Peregrination of Mister Dirwin

Article : Merlin Lenchanté